mercredi 24 mai 2017

Mommy - Xaver Dolan (2014) - Les blablas du weekend chez manU & Nad (3)



Un caleçon qui sèche, étendu sur un fil à linge. Une femme s’empare d’une pomme. Rouge. Le fruit défendu ? Déjà la voilà, elle apparait, Anne Dorval alias Diane alias D.I.E.
La scène suivante, sa voiture se fait percuter. Elle sort, le front en sang, titubante. 
A peine est-il commencé que le film déjà balance déjà entre douceur et violence alternant les moments beaux et tendres avec les moments tendus à la violence verbale oppressante et à la violence physique latente. C’est un film fort et tellement terrible à la fois… 

Bien vu pour la pomme mon kinG! 
J’trouve que le génie de Dolan se situe là, dans sa capacité à nous faire pivoter d’une extrémité d’émotions à une autre. On se sent déstabilisés, perturbés même, constamment sur le qui-vive, dans l’attente ou l’anticipation de voir ses personnages basculer et nous entraîner dans leur chute. Ils sont intenses, torturés et expressifs, et quel sens de la réplique! On les ressent en perpétuelle crise identitaire et en confrontation. 
Mes auteurs fétiches réunis dans un même film! Tabarnak!!!!!!! (il ne faut pas se gêner pour mettre en valeur cette si belle expression issue du jouale québécois et qu’on doit entendre au bas mot une cinquantaine de fois durant le film. J’en connais un dont les majeurs ont dû frétiller de plaisir!) :D 

Quels sont tes moments préférés ? Moi, j’en ai plusieurs. 
Celui où Steve met un CD avec la chanson de Céline Dion, On ne change pas. Ils se mettent tous à chanter, même Kyla, et à danser. Comme souvent Dolan fait d’une chanson populaire, que certains prendraient plaisir à dénigrer, un moment fort, un moment de communion entre les personnages et les spectateurs. Et puis on a tous des chansons pourries qu’on a plaisir à réécouter, non ? 
Celui où Kyla pète un plomb avec Steve. On la comprend… Suzanne Clément est excellente dans cette scène. Un peu comme cette scène dans Laurence Anyways où elle hurle sur une nana ! J’adore ! 
Celui où tout semble aller mieux enfin et que l’écran s’élargit. La taille de l’image choisit par Dolan contribue largement à l’ambiance oppressante du film. Mais très vite, l’écran se rétrécit à nouveau… 

Hum mes moments préférés, j’en ai plusieurs aussi. J’aurais voulu le revoir pour pouvoir m’en imprégner à nouveau, mais je n’suis pas arrivée à l’trouver, mautadine! Je me souviens pourtant de la scène du caddie et de toutes celles, douloureuses, qui mettent en évidence une relation mère-fils faite de violence, d’incompatibilité à communiquer et de désespoir. Du début à la fin du film on ressent jusqu’au fond de nos tripes la douleur causée par les limites de l’amour maternel et les troubles de l’attachement. Kyla est là pour ramener un peu d’équilibre à travers le chaos. Femme énigmatique, étonnante et mystérieuse, superbement interprétée par Suzanne Clément. 
Il n’en demeure pas moins que ma scène culte est celle sous l’air de « On ne change pas », je pourrais la regarder en boucle!!! Les trois acteurs sont extraordinaires mais Antoine-Olivier Pilon et Anne Dorval sont explosifs de justesse. J’adore le personnage de Steve et l’acteur qui l’incarne, impulsif, sensible, hyperactif, violent, le portrait de l’ado TDAH. Et « Die », la mère dépassée, aussi intense que passionnée, excessive, passant du rire aux larmes, alternance entre amour et révolte. Mon actrice chouchou!!! 

Ah Anne Dorval !!! <3 Impossible de conclure sans ajouter un mot sur elle. Si je trouve les trois acteurs formidables, pour moi elle explose dans Mommy ! 
Des film de Dolan aux Parents en passant par le Cœur a ses raisons, dans des registres donc totalement différents, chaque fois elle me donne des frissons. 
Quel talent ! Quelle est belle ! Quelle est juste ! 
Anne Dorval est une Tabarnak de comédienne, dans un Tabarnak de film, Esprit !!! ;)

   
 On ne change pas
On met juste les costumes d'autres sur soi

On ne change pas

Une veste ne cache qu'un peu de ce qu'on voit

On ne grandit pas

On pousse un peu, tout juste

Le temps d'un rêve, d'un songe

Et les toucher du doigt





L'avis du vieux Bison !




Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad !


dimanche 14 mai 2017

Vide-grenier du dimanche ou presque ! (22)







Ou presque puisque ce sont les trouvailles de plusieurs dimanches mais aussi de quelques jours fériés durant lesquels j’ai eu le plaisir de trouver La Tristesse des anges de Jon Kalman Stefanson alors que j’avais déjà le premier tome de la trilogie, Misericorde de Jussi Adler-Olsen que je n’ai jamais lu mais dont j’ai aimé une adaptation, de retrouver Laura Kasischke avec La Vie devant ses yeux, de peut-être lire enfin Joyce Carol Oates avec Le Musée du Dr Moses, de découvrir Le Secret de la manufacture de chaussettes inusables d’Annie Barrows et de plonger dans les amours de Carol de Patricia Highsmith. 1€ les poches et 2€ les grands formats je crois…







Autre jour, autres trouvailles. Des Agatha Christie vintage pour des échanges avec Nad, 3€ les 11 ! Sept histoires de souris d’Arnold Lobel pour 1€ et aussi 2 caisses de vin à 3€ pièces, caisses idéales pour ranger des livres…


Enfin ce dimanche, jolie récolte : encore 6 Agatha Christie vintage pour 4€ ainsi que le fauteuil sur lequel ils sont posés et encore quelques caisses de vins et aussi Sacrée mamie de Yoshichi Shimada (tomes 3 & 5, j’en ai déjà 3 autres), Le Guide du mauvais père, tome 2, de Guy Delisle et surtout une tabarnak de bonne pioche, L’ostie d’chat des québécoises Zviane et Iris pour 2€ le tout !
















 Bon dimanche et « tourlou » ! ;)



samedi 6 mai 2017

Étranges étrangers - Jacques Prévert

Jeudi matin, comme certains d'entre vous peut-être, j'écoutais Boomerang sur France Inter. Augustin Trapenard y recevait l'excellente Yolande Moreau. En fin d'émission, la comédienne nous a offert un très beau moment en lisant un poème de Prévert, lecture que vous pouvez réentendre en cliquant sur le lien ci-dessous:





Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
hommes des pays lointains
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers

Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
Esclaves noirs de Fréjus
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié

Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières

On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous mourez.

Jacques Prévert (1900-1977) 


mardi 25 avril 2017

La Marche royale - Andreas Latzko



« Chaque chose avait quelque part un chez-soi, quelque part une place bien à elle. Dans un buisson, une orange pourrie qu’il avait distraitement lancée en l’air s’était écrasée avec un bruit sourd. Le moindre caillou avait un endroit où il pouvait retomber ! Avait-on le droit de jeter ainsi un homme dans le grand bazar du monde, sans but, sans le moindre refuge derrière soi ? » 

Un homme rentre de la Grande Guerre avec deux doigts en moins. Sacré handicap quand on est tisserand. Contre toute attente, le retour au village se fait plus compliqué que prévu avec la désagréable impression qu’il faut être mort au champs d’honneur pour être considéré comme un héros. Pourquoi ne lui montre-t-on aucune reconnaissance alors qu’il a lutté pour sa patrie ?

Sa nouvelle existence lui fait finalement regretter sa condition de prisonnier qui le rendait plus heureux. Là-bas, au moins, on l’appréciait pour son travail à la ferme et il se sentait utile dans les tâches qui l’occupaient. Il décide donc de prendre la route et va faire une rencontre qui va changer sa vie à un point qu’il n’imagine même pas…


Avec La Marche royale, de l’auteur austro-hongrois Andreas Latzko, les Éditions de La dernière goutte nous proposent un texte fort et terriblement actuel qui montre les dérives d’un patriotisme ou d’un nationalisme exacerbé.

Un livre, petit par son nombre de pages mais grand par sa qualité et sa portée, qui vous accompagnera longtemps après sa lecture.


L'avis du Texte Libre

ISBN 978 2 918619 35 2
63 pages
2017
10€
 
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