dimanche 15 janvier 2017

Winter - Rick Bass



Traduit de l'américain par Béatrice Vierne

« Personne ne me demande si j'ai l'intention de passer l'hiver au milieu d'eux ; la formule qu'ils utilisent de préférence, c'est : « Alors comme ça, vous allez essayer de faire l'hiver ici ? »» 

Contre tout attente, c’est un vrai bonheur d’affronter le froid glacial de l’hiver surtout quand c’est sous la plume de Rick Bass.
Écrivain écologiste originaire du Texas, il décide un jour de partir s’isoler près de la Yaak River au cœur d’une forêt du Montana. Comme une envie de retrouver l’essentiel, de se confronter à une nature rude et sauvage. Mais surtout de se confronter à un hiver, un vrai. 

« Le froid, c’est comme la douleur, je crois : On l’oublie vite, presque immédiatement. On essaie de s’en souvenir, mais il est si fugace. » 

Accompagné de sa femme Elizabeth, Rick Bass s’installe donc dans un ranch dont il sera le gardien. Isolement oblige, l’endroit est équipé d’un générateur et une radio pour les cas d’urgence. C’est dans une serre toute proche de la maison que l’auteur s’isole pour écrire et tenir son journal. 

« L’hiver est le temps des rêves. Les ours et les autres animaux rêvent-ils quand ils hibernent ? » 

Une vie nouvelle commence, rythmée par le lever et le coucher du soleil, par les aléas de la météo et par le bois qu’il faut couper et stocker pour ne pas se trouver pris au dépourvu quand vient le froid tant attendu. Le bois de chauffage, la peur d’en manquer sera une des obsessions de l’auteur. Nombre de ses journées y sont consacrées. Le citadin devenu rural, devenu presque bûcheron. Le corps fourbu, rompu, par l’effort répété, encore et encore.

Un  homme différent, un homme nouveau, plus en phase avec la nature, qui redécouvre le goût de l’effort, qui prend le temps d’écouter le vent dans les branches, les bruits sourds étouffés par la neige, d’observer un orignal qui colle son nez contre la baie vitré de la maison. Mais un homme qui apprécie aussi de descendre quelques bières en regardant un match avec ses voisins et amis au Dirty Shame Saloon. 

« Tout est tellement silencieux. C'est presque comme une vie après la vie. Jamais je n'aurais rêvé que je vivrais un jour dans un pays rude, à l'écart des gens, au milieu d'un tel calme. » 

Première incursion dans l’univers de Rick Bass, une écriture et une ambiance comme je les aime, une rencontre comme une évidence. 

Winter ou le journal d’un hiver dans le Montana…


Une lecture commune que j'ai eu le plaisir de partager avec Nad 
que je remercie pour ce cadeau d'anniversaire !

Découvrez son billet ICI !

ISBN 978 2 07 041405 5
263 pages
2010
7,70€
 

jeudi 12 janvier 2017

HAIG - Le Sang des sirènes - Thierry Poncet



Dans ce nouvel opus, on découvre HAIG âgé d’environ seize ans. En effet, avec Le Sang des sirènes Thierry Poncet nous propose un retour en arrière, une sorte de prequel à ses aventures.

On y découvre quelques éléments du passé de son héros. Des éléments fondateurs de sa personnalité et de son devenir. Finalement livré très tôt à lui-même et vu le sang qui coule dans ses veines, on comprend mieux d’où lui vient son goût du risque et de l’aventure.

Déjà, HAIG se retrouve embarqué dans une bien sombre affaire. Tension, action, chaleur, coups de sang et coups de chaud garantis sous le soleil du Maroc.

Comme chaque fois, on a droit à un méchant foutrement méchant, bien barré, voire carrément sadique dont on  n’aimerait pas croiser le chemin. Époque oblige, les courses poursuites se font en Renault 12 ou en 504 Peugeot. J’ai bien aimé l’omniprésence rassurante de cette vieille 504 comme j’avais aimé la vieille Marie-Barjo dans Le Secret des Monts Rouges.

Envie de fuir un quotidien un peu trop morne ? Laissez-vous envouter par… Le Sang des sirènes !


ISBN 978 2 37258 025 0
188 pages
2016
9,99€
(Livre reçu en service de presse)


dimanche 8 janvier 2017

Juste la fin du monde - Xavier Dolan (2016)



Douloureux… C’est le mot qui vient en sortant du dernier film de Xavier Dolan… 

Je trouve aussi que c'est le bon mot, la douleur de ce fils qui revient après plusieurs années d'absence annoncer sa mort. Il choisit de s'entourer de sa famille pour briser le poids de la solitude. Puis il repart, plus seul encore, étranger dans un univers familial fait de violence contenue et de vieilles rancœurs. Chacun est emmuré dans son indifférence, le poids de ses conflits avec l’autre. C’est donc ça l'égoïsme?
Les silences et les regards dans ce film m'ont arraché le cœur.
Douloureux, c'est le bon mot... 

Oui, les regards. D'incompréhension, fuyants, interrogateurs, suppliants. Perdus.
Notamment ceux du personnage de Marion Cotillard. Tellement effacée, tellement horripilante, par ses multiples hésitations, et à la fois tellement troublante, tellement touchante. J’ai eu mal pour elle. 

Si j’ai souffert pour l’un des personnages c’est bien elle. On sent qu’elle porte douloureusement la solitude de chacun. Ils sont tous dépassés par l’incapacité d’accueillir la souffrance de l’autre. Son âme est sur le point de se fissurer. Elle semble supplier celui qui croise son regard de la libérer. Regard désespéré, dissocié de la réalité, sur le seuil de la rupture.
Il existe plus grande solitude tu crois? 

Je ne sais pas mais on a mal pour elle. Tellement enfermée, empêtrée, avec une telle volonté de bien faire, incomprise alors qu'au final, elle est la seule à comprendre...
C'est vraiment un huis clos oppressant. Étouffant. Suffocant.
Et le seul moment où l'on sort de la maison, je pense à la scène dans la voiture, c'est encore pire. Un lieu en mouvement, avec vue sur la nature extérieure et pourtant, c'est terrible. Encore plus oppressant. 

J’y ai beaucoup réfléchit en sortant du film. C’est quand même fort, elle est la seule à avoir un lien indirect avec la famille et à la fois la seule à comprendre. Son « détachement » lui donne sans doute la force d’écoute que les autres n’ont pas. L’écoute à travers le regard et les mots…
J’ai eu du mal avec la scène de la voiture, j’avais l’impression d’étouffer. J’aurais voulu ouvrir cette maudite portière pour que Louis échappe à la violence de son frère. C’était tellement insupportablement bien joué que je ressentais une angoisse terrible en moi, il me semble que la scène n’en finissait pas! Comme tu dis, le lieu était en mouvement et en même temps figé dans un espace restreint auquel il est à peu près impossible de fuir sinon qu’en se jetant par la fenêtre. Quelle torture! 

Aucune échappatoire possible !
Globalement, les acteurs sont remarquables. Moi qui ne suis pas très fans de Vincent Cassel et encore moins de Léa Seydoux, les deux m'ont vraiment bluffé, notamment dans les dernières scènes. On vit avec eux, l'impression qu'ils ne jouent plus mais qu'ils sont. 

Oui, ils sont tous exceptionnels, Dolan arrive à les mettre en valeur à travers leur rôle. Je ne suis pas non plus une grande fan de Cassel et Seydoux et pourtant ici ils m'ont laissé sans voix, surtout Cassel. Je me dis que quand j'arrive à autant détester la personnalité d'un acteur; c'est qu'il a vraiment fait son travail! J'aurais eu envie à quelques reprises de le secouer un peu, il faut dire que les colériques je les fuis comme la peste! 

Un film de Dolan assez différent même si on retrouve sa patte. Gros plan, regards, ralentis.
Et notamment dans ces intermèdes musicaux pour le moins décalés. Inclure le tube d'O-Zone dans ce film, il fallait oser !
 

Il m’a tellement fait sourire avec ce clin d’œil musical! Je me suis rappelée le fameux On ne change pas de Céline Dion dans Mommy, une chanson que personne n’oubliera jamais, et pour cause! :D
J’ai lu quelque part que la bande sonore originale est l’œuvre de Gabriel Yared, le même compositeur qui a produit la bande originale du Patient anglais. Je crois que c’est la seule musique de film que je ne me suis jamais achetée dans ma vie. Elle m’avait procuré des émotions fortes, vingt ans après le film il m’arrive encore de l’écouter. Quel talent! 

Quel talent, c'est aussi ce que je me suis dit à propos de Xavier Dolan après avoir vu ce film ! 

Dolan, sacré jeune prodige, ne cessera jamais de m’étonner! J’attends déjà le prochain avec impatience.
Voilà, je retourne à mon bol de popcorn extra beurre…….. ^^
Rendez-vous dans quelques temps pour les prochains blablas de manU et Nad!



Lire aussi l'excellent Déjeuner de famille chez Le Bison !

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